Partenariat avec la Chine
Salbris : la reconstruction durable passera peut-être par la Chine
Par Stéphane de LAAGE, AAGE COMM
Article paru dans le Petit Solognot du 8 septembre 2005
Il y a quelques jours, Salbris recevait une nouvelle délégation d'industriels chinois, venus découvrir le Technoparc de Salbris (ancien site Matra), dans le cadre de la convention de prospection qui lie depuis un an la commune de Sologne au groupe d'investissement franco chinois Cathay Capital.
Depuis le départ du GIAT puis de Matra Défense (MBDA) en 2001, Salbris se devait de reconstruire un tissu industriel cohérent. S'est alors créée l'Agence de développement économique et le réseau " Cadre Salbris " qui réunissent un noyau d'acteurs qui travaillent dans la durée à la restructuration du bassin d'emploi : SOFRED, SODIE, EADS Développement, ADELEC, Chambre des métiers, services de l'Etat et CCI, sont coude à coude pour faire avancer les choses. Et force est de constater qu'en travaillant " dans le même sens ", les premiers résultats sont au rendez-vous. Le site MBDA laissé vacant il y a deux ans accueille progressivement de nouvelles unités qui cumulent aujourd'hui près de 200 emplois dont une centaine créée en moins de deux ans. A noter que la diversité des savoir-faire est présente sur le site. Adieu la mono-industrie, de toute évidence la leçon a été retenue. Rafaut fabrique le palonnier (commandes aux pieds des pilotes) pour Airbus, Igiénair purifie les conduites sanitaires, SPC Software s'occupe de colorimétrie, Standis fabrique du mobilier de magasin… La diversité, mais aussi la haute technologie sont au rendez-vous.
Des liens forts pour demain
S'est également installé le Cathay Technopark, base d'échanges sino-français, dédiée à l'étude pour l'accueil d'entreprises chinoises sur le territoire salbrisien. Ming-Po Cai, dirigeant de Cathay Capital (société d'investissement à mi chemin entre la France et la Chine) en est la cheville ouvrière avec Christophe Matho (une ancienne connaissance de fac) en charge de l'Agence économique salbrisienne.

Cathay Capital, investit dans les projets de développement de sociétés françaises en Chine et à l'inverse accompagne des entreprises chinoises de grande envergure dans leurs projets d'implantation dans l'hexagone.
"Fidèles à notre convention, nous conduisons les entreprises chinoises qui ont ces projets d'implantation en France vers la Région Centre et en particulier vers Salbris. La France a l'avantage d'être au cœur de l'Europe et possède la culture bien enracinée de la recherche et du développement " explique Ming-Po Cai.
Mais au-delà de ces atouts économiques et structurels, c'est à la faveur de rencontres humaines que se fait aussi le business. Ming-Po Cai et Christophe Matho s'étaient connus sur les bancs de la faculté et se sont retrouvés au hasard de rencontres qui ont impliqué le maire de Salbris.
"J'apprécie Jean-Pierre Albertini, et son équipe ajoute Ming-Po, ils ont su mettre les moyens humains et la volonté de réussir pour faire en sorte que les rencontres puissent se faire ".
C'est ainsi que les dirigeants MM. LI et WEN de la société PRIMA, leader pour la Chine de la fabrication d'écrans plats LCD, installée dans la province de FUJIAN dans le sud de la Chine (lire en annexe), étaient sur le sol salbrisien il y a quelques jours. La marque cherche un lieu d'implantation pour développer son marché européen, pourquoi pas ici ? Il s'agirait d'y implanter une unité de fabrication, favoriser la recherche et le développement ainsi que le service après vente.
" Les peuples français et chinois se ressemblent " !
Préfet et sous préfet, parlementaire, Conseil Général, élus locaux et industriels, agence pour l'emploi, tout le monde était là pour recevoir les hôtes chinois avec force démonstration. Drapeaux aux ronds-points de la ville, petits plats dans les grands, cadeaux de bienvenue, le faste et le protocole étaient plus que bien respectés. Mais il y eut aussi la visite approfondie des entreprises du Technoparc, de certaines unités de pointe à Orléans, et les présentations détaillées par les dirigeants eux-mêmes des compétences technologiques de notre région. Si le karting fut une partie de détente, il aura été précédé de séances de travail très affûtées. Mais toujours pas de chiffre à ce stade de la rencontre, ni en terme de chiffre d'affaires, ni d'emplois salariés que pourrait apporter Prima. La question n'est pas d'actualité puisque le groupe n'est qu'en phase d'étude. " Nous ne cherchons d'ailleurs pas à deviner, explique Christophe Matho. Nous attendons qu'ils présentent un cahier des charges". D'autres régions pourraient être en compétition avec le Centre, après qu'il ait été question de certains pays de l'Est comme la Roumanie, peut-être abandonnés. Il semble que malgré les atouts économiques de ces derniers, notamment en ce qui concerne les salaires et donc les coûts de production, l'Europe de l'Ouest se montre plus " rassurante " pour les Chinois. La qualification des personnels et le savoir-faire sont un autre point fort de la Région Centre. " Prima est une société tournée vers l'avenir, assure Ming-Po Cai et sûrement pas une société de low-cost. C'est d'ailleurs le cas de la Chine dans son ensemble. Enfin, il ne faut pas voir notre pays comme un envahisseur qui place ses pions ici et là en Europe pour prendre des marchés. La Chine est un investisseur et représente également un marché fantastique pour l'Europe. C'est donc un partenariat gagnant - gagnant qui peut s'établir entre nos pays, profitable pour tous ".
Bien que le bassin Orléanais ne soit qu'à quelques kilomètres et dispose de tous les atouts pour envisager une telle implantation, une fois encore M.Cai rappelle " les relations cordiales avec Salbris et le site historiquement technologique qui dans ce cas précis jouent en sa faveur ".
Cathay Capital est une structure dont la vocation n'est pas éphémère " notre flux est constant et c'est en fonction de la particularité des projets que se font les choix pour proposer les sites d'implantation. Prima en ce sens correspond à notre cœur de métier et Cathay Capital est prête à investir financièrement à ses côtés ". Et pour couper court à quelques commentaires mal intentionnés, M.Cai ajoute que les subventions dont peuvent profiter les entreprises pour leur implantation, ne sont pas un élément déterminant. " Nous recherchons la cohérence entre environnement et développement pour l'industrialisation, la recherche et le progrès de l'entreprise pour s'inscrire dans la durée ".
A l'inverse, la France souffre de quelques points noirs. Le climat social et la triste réputation syndicale et gréviste notamment ne lui est pas favorable. " J'ai cependant expliqué clairement que ce n'est pas le cas ici. Les gens ont souffert de la perte d'emploi et je suis persuadé que le peuple français est travailleur. En cela les Français et les chinois se ressemblent ".
Un travail de longue haleine
Travaillant à favoriser l'implantation d'entreprises françaises en Chine, Ming-Po Cai s'est rapidement rendu compte que la demande inverse était aussi vraie, non seulement pour se rapprocher du marché européen, mais aussi pour investir en sécurité. A la faveur de relations humaines de certains collaborateurs, Ming-Po Cai a présenté son projet à Jean-Pierre Albertini, qui consistait à mettre en place un partenariat entre son groupe de fonds d'investissement et des collectivités publiques françaises pour créer un tissus favorable à l'investissement des chinois qui ont un rapport fort avec les autorités publiques. (NDLR, la Chine reste un pays communiste). " Il fallait mettre en avant un territoire dans lequel l'autorité publique s'investit avec conviction pour aider le développement économique, et qui ne soit pas emprunt de luttes intestines pour tirer la couverture à soi, explique Christophe Matho. En cela, notre réseau de partenariat est très fort et c'est à cela que travaille depuis deux ans l'agence de développement économique de Salbris ". Ainsi est né en 2001 le réseau " Cadre Salbris " qui se réunit chaque mois sous l'égide du Maire. Ce mode de fonctionnement semble avoir plu à Ming-Po Cai qui a vu là un élément décisif pour mener toutes les relations ultérieures. Depuis, les relations n'ont cessé de se resserrer : en juillet 2003, le gouverneur de Sanming, commune de la province de Fujian était à Salbris avec une délégation de chefs d'entreprises ; en septembre, M.Cai participait au CIFITT principal salon du commerce international en Chine, faisant stand commun avec l'AFII (Agence Française d'Investissement International) sur lequel il vend Salbris et le site MBDA aux investisseurs potentiels chinois.
Plus récemment, la province du Fujian recevait une délégation d'institutionnels français à la tête de laquelle se trouvait Jean-Pierre Albertini. (lire " dix jours de prospective en Chine "). Ming-Po Cai apparaît donc comme l'homme de la situation pour ne pas dire providentiel, celui par lequel le miracle pourrait arriver. Car c'est lui qui est en mesure de provoquer de nouvelles rencontres pour autant que les premières entrevues aient été fructueuses et convaincantes. Soit en Chine par le biais du bureau de l'AFII, soit en France si les entreprises sont prêtes. " Sur l'ensemble des contacts établis, quelques entreprises chinoises devraient trouver à Salbris le site correspondant à leurs attentes, c'est à cela que nous travaillons dans la durée ".
Dix jours de prospective en Chine
Du 16 au 25 juin dernier, Jean-Pierre Albertini emmenait une délégation française dans la province du Fujian au sud-est de la Chine (Env. 32 millions d'hab.). La CCI, la Région Centre et la SOFRED, ainsi que des spécialistes de l'ingénierie et avocat d'affaires étaient du déplacement. " Ce voyage d'affaires avait pour objectif de nous faire prendre conscience de la dimension économique de cette région côtière sans doute la plus avancée du pays, et d'ouvrir une porte européenne aux industriels chinois en étudiant d'éventuelles possibilités d'échanges " explique le maire de Salbris. Du haut de ses 6.000 habitants, l'initiative salbrisienne pouvait prêter à sourire et c'est pourtant l'intérêt et l'étonnement des dignitaires et industriels chinois qui prévalurent. Ming-Po Cai avait bien préparé le terrain, donnant à la délégation française l'occasion de présenter notre région, film à l'appui pour promouvoir les compétences en matière d'électronique, d'armement et d'industrie de pointe, devant une assemblée d'un salon international du commerce très attentive. Interventions publiques, visites de sites industriels et de recherche, de technoparcs et de start-ups, rien n'aura échappé aux Français, curieux d'évaluer les attentes chinoises en matière d'aide au développement et d'hébergements européens. " De Shanghai à Hongkong, nous avons découvert un mode de vie calqué sur le standard européen, agrémenté d'une farouche énergie de développement et d'un savoir faire qui, malgré quelques lacunes, n'a rien à nous envier ".
Alors, surréaliste ce voyage ? Pas vraiment si l'on s'en croit les chinois eux-mêmes qui ont prêté une oreille très attentive aux propos de notre modeste bassin d'emploi, Prima en tête s'est laissé convaincre de regarder vers l'Europe de l'Ouest.
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